Une parcelle de maïs couchée en une nuit, une prairie retournée sur plusieurs ares, des semis de printemps déterrés : les dégâts de sangliers touchent chaque année un grand nombre d’exploitations. Ils ouvrent droit à une indemnisation, mais à des conditions précises et dans des délais courts. Un dossier mal déclaré, ou déclaré trop tard, peut ne rien rapporter. Voici la marche à suivre, puis les moyens d’agir pour que les dégâts ne reviennent pas la saison suivante.
Compagnie de sangliers observée à la caméra thermique dans les Landes, en avril 2026.
Qui indemnise les dégâts de sangliers ?
Les dégâts causés aux cultures et aux récoltes agricoles par le grand gibier ne sont pas pris en charge par l’État ni par l’assurance de l’exploitation. Le Code de l’environnement (articles L. 426-1 et suivants) confie l’indemnisation à la fédération départementale des chasseurs, financée par les chasseurs. Les montants sont calculés à partir de barèmes départementaux, sous le contrôle de la commission départementale compétente.
Le dispositif concerne le sanglier et les autres espèces de grand gibier, notamment le cerf, le chevreuil, le daim, le cerf sika, le chamois, l’isard et le mouflon. Il ne couvre pas les dégâts forestiers ni ceux d’autres espèces, comme les corvidés ou les ragondins.
Les conditions à remplir
- Les animaux doivent venir de l’extérieur. Le gibier provenant du fonds de l’exploitant lui-même n’ouvre pas droit à indemnisation.
- Le dommage doit dépasser un seuil. Depuis le 1er janvier 2024, ce seuil est fixé à 150 euros par exploitation et par campagne de chasse (décret n° 2023-1363 du 28 décembre 2023). Une surface détruite minimale par parcelle peut aussi être exigée.
- Un abattement s’applique. Un abattement légal est déduit de l’indemnité. Il peut être fortement augmenté si l’exploitant a favorisé les dégâts, par exemple en refusant les moyens de prévention proposés par la fédération.
Déclarer les dégâts : la marche à suivre
- Prévenir tout de suite. Informez la société de chasse locale dès les premiers dégâts : c’est elle qui peut organiser rapidement des actions de prévention ou de régulation.
- Déclarer à la fédération. La déclaration se fait auprès de la fédération départementale des chasseurs, le plus souvent en ligne. Pour des semis ou des cultures en place, déclarez sans attendre. Dans tous les cas, la déclaration doit parvenir avant l’enlèvement de la récolte, avec un délai minimal fixé par la fédération : vérifiez-le pour votre département.
- L’expertise. La fédération désigne un estimateur, qui constate les dommages : surface touchée, espèce responsable, perte de récolte ou travaux de remise en état. Pour des dégâts de faible importance, elle peut ne pas désigner d’estimateur ; c’est alors votre estimation qui sert de base.
- La contre-expertise. En cas de désaccord important sur l’estimation, vous pouvez demander une contre-expertise à vos frais dans les 48 heures ouvrées qui suivent la notification.
- La décision et les recours. La commission départementale notifie sa décision par lettre recommandée. Si elle est prise à l’unanimité et que l’indemnité ne dépasse pas 3 000 euros, seul un recours devant le tribunal est possible. Dans les autres cas, vous disposez de trente jours pour saisir la Commission nationale d’indemnisation des dégâts de gibier. Sans recours dans ces délais, la décision est réputée acceptée.
Un point souvent oublié : si les dégâts vous font perdre l’éligibilité d’une parcelle à une aide de la PAC, signalez-les aussi dans votre dossier PAC, photos à l’appui.
Constituer un dossier solide
- Photographiez les dégâts dès leur découverte, avec une vue d’ensemble et des détails (boutis, empreintes, laissées, coulées).
- Notez les dates de constat et de déclaration.
- Repérez les points d’entrée des animaux dans la parcelle et les zones de remise à proximité.
- Conservez les échanges avec la société de chasse et la fédération.
Après l’indemnisation : réduire les dégâts la saison suivante
L’indemnité compense une partie de la perte, rarement le temps passé, la désorganisation des chantiers et la répétition d’une année sur l’autre. La vraie solution consiste à faire baisser la pression des sangliers sur l’exploitation, en combinant plusieurs leviers :
- Savoir où sont les animaux. Le survol des parcelles et de leurs abords par drone équipé d’une caméra thermique permet de localiser les compagnies, y compris au cœur d’un maïs haut où elles sont invisibles depuis le sol. Nous l’avons détaillé dans notre article sur la localisation des sangliers dans les maïs par drone thermique.
- Orienter la régulation. Ces données permettent aux chasseurs, et le cas échéant aux lieutenants de louveterie mandatés par l’administration, d’intervenir au bon endroit et au bon moment.
- Protéger les parcelles sensibles. Clôtures électriques et autres moyens de prévention, souvent proposés par les fédérations, restent efficaces sur les cultures les plus exposées.
C’est l’approche de Cynegetix : un diagnostic du territoire, puis un plan d’action concerté avec l’exploitant, la société de chasse et, si besoin, l’administration, dans le respect du cadre réglementaire.
Faire le point sur votre exploitation
Vos parcelles subissent des dégâts répétés ? Demandez un diagnostic : nous analysons la situation et vous proposons une stratégie de régulation des sangliers adaptée à votre territoire.
Les règles d’indemnisation présentées ici sont celles du Code de l’environnement en vigueur en octobre 2026. Les délais pratiques et barèmes varient selon les départements : rapprochez-vous de votre fédération départementale des chasseurs.